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Gigafactories d’IA : la France veut accueillir l’un des sept projets européens

L’Union européenne veut créer jusqu’à sept gigafactories d’IA, avec plus de 30 milliards d’euros d’investissements publics et privés attendus. La France a officiellement annoncé sa volonté d’en accueillir une.

Photo d’illustration — rangées de serveurs dans un centre de données.Wikimedia Commons — Carl Lender — CC BY 2.0 — source

L’Europe veut changer d’échelle dans la course aux capacités de calcul pour l’intelligence artificielle. Le 30 juillet, l’Union européenne a lancé un appel d’offres visant à établir jusqu’à sept « gigafactories d’IA » sur le continent. L’initiative doit être soutenue par jusqu’à 10 milliards d’euros de financements européens et nationaux et attirer au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés, soit plus de 30 milliards d’euros au total.

Derrière le terme de gigafactory, il ne s’agit pas d’une usine destinée à fabriquer des semi-conducteurs. Ces sites seront avant tout de très grandes infrastructures de calcul. La Commission européenne prévoit qu’ils combinent des processeurs spécialisés pour l’IA, des logiciels, des services de cloud, des réseaux à très haut débit et des centres de données conçus pour être plus efficaces énergétiquement. Leur objectif est de fournir la puissance nécessaire à l’entraînement, à l’inférence et à l’ajustement de modèles d’IA avancés.

Les nouvelles installations doivent compléter le réseau de 19 AI Factories déjà mis en place en Europe. La différence tient notamment à l’échelle : les gigafactories sont pensées pour concentrer une puissance de calcul beaucoup plus importante et permettre à des entreprises, laboratoires, universités ou administrations d’accéder à des ressources qu’ils ne pourraient pas nécessairement financer seuls.

La France a immédiatement confirmé son intérêt pour accueillir l’un de ces projets. Dans un communiqué publié le même jour que l’appel européen, le ministère de l’Économie explique vouloir soutenir une candidature installée sur le territoire français. Cela ne signifie pas qu’un site français a déjà été sélectionné : la décision appartient au processus européen conduit par l’entreprise commune EuroHPC, et plusieurs pays et consortiums sont en concurrence.

Paris a toutefois annoncé un engagement concret. L’État prévoit de commander pour 100 millions d’euros de capacité de calcul auprès d’un projet sélectionné sur le sol français, afin de couvrir de futurs besoins de l’administration publique, notamment dans la recherche et le secteur hospitalier, à l’horizon 2027. Le ministère précise qu’il s’agit d’un achat de capacité auprès d’opérateurs privés et non d’un investissement de l’État dans sa propre infrastructure.

L’appel européen est ouvert aux consortiums ou structures regroupant notamment fournisseurs de technologies, opérateurs de cloud, organismes publics et investisseurs. La sélection devra aussi tenir compte de la sécurité des données, de la diversification des fournisseurs et de la valeur ajoutée européenne des projets. Ces critères reflètent une difficulté centrale : construire des infrastructures européennes ne suffit pas à rendre immédiatement toute la chaîne technologique indépendante.

Les processeurs les plus performants restent en effet dominés par quelques groupes internationaux. Reuters rapporte qu’AMD, Nvidia et Qualcomm ont signé des lettres d’intention pour fournir des puces aux équipes impliquées dans les projets. Les gigafactories peuvent donc renforcer la maîtrise européenne des infrastructures et de l’accès au calcul sans supprimer, à court terme, la dépendance à des fabricants de composants situés hors de l’Union.

Le calendrier est désormais lancé. L’appel doit se clôturer le 12 novembre 2026. La Commission prévoit d’annoncer les projets retenus au début de 2027, puis vise une mise en service dans les dix-huit mois suivant la signature des contrats. Les emplacements définitifs et les consortiums gagnants ne sont donc pas encore connus.

Pour la France, l’enjeu est à la fois industriel, scientifique et stratégique. Disposer sur son territoire d’une infrastructure de cette taille pourrait faciliter l’accès au calcul pour des entreprises et des chercheurs, mais aussi poser des questions très concrètes sur l’électricité disponible, le refroidissement, les réseaux et l’implantation des centres de données. Les projets devront démontrer qu’ils peuvent conjuguer puissance, sécurité et efficacité énergétique.

La compétition européenne ne fait ainsi que commencer. La France a déclaré sa candidature et mis 100 millions d’euros de commandes futures sur la table, mais elle n’a encore remporté aucun site. Les prochains mois devront départager les projets capables de transformer cette ambition de souveraineté numérique en infrastructures réellement opérationnelles.

Sources

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